Suzanne Joubert
1933 – 2020
 

Le 19 mai 2020, Suzanne Joubert s’est éteinte doucement à Outremont, qui l’avait vu naître. Artiste autodidacte, intellectuelle affirmée, médaillée d’or de l’Université d’Ottawa et détentrice d’une maîtrise en art de l’UQAM, elle a créé une œuvre imposante comptant des centaines de tableaux, dont plusieurs figurent dans des collections prestigieuses au Canada et à l'étranger.

Suzanne Joubert croyait au métier et à la compétence. Elle avait foi aussi dans la liberté artistique, qui ignore les sujets interdits tout comme la manière commandée par le goût du jour. Elle a assumé le prix de cette liberté qui lui était chère jusqu'à son dernier souffle.

Admirative de la raison des Lumières, passionnée par l’essai et les sciences naturelles, elle était par ailleurs persuadée que la pensée des arts relevait d’une intelligence distincte de la rationalité. Selon elle, l’acte de peindre procédait nécessairement d’une pensée sans mots. La peinture qui en résultait participait de cet esprit du silence et, par suite, n’avait nul besoin du discours pour exister et être comprise.

Sa vie durant Suzanne Joubert a aimé profondément la nature en refusant de l’idylliser. Elle appréciait sa beauté âpre et irréductible, et acquiesçait à sa nécessaire cruauté. Elle voyait en elle la source universelle de nos motivations et de nos actions, et, dans ses mystères mêmes, le secret de notre destinée. Elle reconnaissait dans les plantes et les animaux nos semblables gouvernés par des impératifs similaires et soumis eux aussi à la condition tragique de l’existence.

Travailleuse infatigable, convaincue du pouvoir et du mérite de l’action, elle s’est imposé une rude discipline et des sacrifices sans nombre pour devenir ce qu’elle avait toujours souhaité être : une artiste-peintre. Pendant toute sa carrière elle a recherché assidûment la beauté, produisant une œuvre dont les créations successives la laissaient toujours insatisfaite, déception relative qui la poussait invariablement à se remettre au travail.

Un hommage sera rendu à la mémoire de Suzanne Joubert quand la pandémie qui nous afflige prendra fin. Une invitation à cet effet sera publiée le temps venu.

 
 
logo de la fabrique culturelle

L a nécessité de l’art dépasse de beaucoup sa valeur monnayable

Il nourrit l’esprit, console l’âme blessée et porte en lui la liberté

Il transmet le monde d’avant et de toujours au monde d’après

Une communication d’avant la parole, de plus profond

Il ne ment pas, mais il déguise et montre à la fois l’endroit et l’envers

Il ne sait pas argumenter, il vise aux tripes

L’art disparaît en dehors de la matière, il n’existe pas sans elle

Certains répugnent à la matière et son travail; ils l’a jugent moins noble

Pourtant aucune pensée humaine n’existe hors de la matière

L’art n’a pas besoin d’explications, il en est une en lui-même

Il faut le recevoir simplement, comme il est, comme un secret, une main tendue

On comprend parfois lentement, et parfois il n’y a rien à comprendre

Il n’y a pas non plus d’obligation de l’aimer

Qui donc vous a convaincu d’être démunis devant l’art ?